illustration : Kawanabe Kyōsai 河鍋 暁斎 – Setsubun
Du 21 au 25 mars, le Japon entre dans la micro saison 櫻始開 Sakura hajimete saku qui signifie « Les cerisiers commencent à fleurir ».
Durant cette période (et en fonction de la latitude et des années) les cerisiers commencent à fleurir et c’est un des moments sinon LE moment le plus attendu de l’année par des millions de japonais… et de touristes !
Le front de floraison des cerisiers 桜前線 sakura zensen se déplace du Sud au Nord (il y a une carte de prévision officielle et une app mobile) et tout le monde en profite pour faire le お花見 Ohanami, littéralement « regarder les fleurs » 🌸.
Bon, bien sur on ne fait pas que regarder. De jour comme de nuit , des dizaines de milliers de personnes convergent vers les parcs où les cerisiers sont plantés pour pique-niquer (et boire beaucoup il faut bien le reconnaitre, ce qui donne lieu parfois à des scènes assez pathétiques 🙄) et immortaliser l’instant.
O Hanami, un rite enraciné dans l’histoire
Si les autres traditions séculaires sont suivies avec plus ou moins d’intérêt selon les régions et les milieux sociaux, Hanami est sans contestation une des plus observée.
Mais pourquoi cet intérêt particulier pour les cerisiers en fleurs ? Tout d’abord c’est évidemment très beau, mais comme d’habitude c’est dans l’histoire et les symboles qu’il faut chercher pour comprendre les raisons profondes qui poussent les japonais à se rassembler sous ces arbres.
Importé de Chine à la cour impériale lors de la période Nara (710-784), Ohanami concerna d’abord les fleurs d’abricotier du Japon 梅 (ume) puis finalement les fleurs de cerisiers à la période Heian (794-1185).
La première raison de ce changement serait purement agricole : les abricotiers du Japon fleurissent bien avant les cerisiers, alors que ces derniers entrent en floraison au moment du repiquage du riz. Il n’en fallait pas plus pour y voir un signe des Kami, les Dieux Japonais.
Popularisé ensuite à la période Edo (1603-1868) notamment grâce aux samuraïs, Ohanami est devenu de nos jours un évènement incontournable du calendrier japonais.
La fleur de cerisier, quintessence de l’esprit japonais
La fleur de cerisier incarne quand à elle à merveille certains paradoxes (enfin que nous occidentaux percevons comme tels) de la culture japonaise : beauté éphémère, impermanence, renouveau, et ses cinq pétales font écho aux cinq éléments traditionnels : bois, feu, terre, métal et eau.
Une autre caractéristique très « japonaise » de cette fleur est qu’elle tombe sans se faner; elle disparait sans déchoir, elle s’éteint avec honneur.
Pour résumer je dirais que même si Hanami peut nous paraitre comme le marronnier du Japon tant on nous en rebat les oreilles pour peu qu’on s’intéresse un peu à ce pays, cela reste un évènement magnifique et immuable de la culture nipponne.
