illustration : Kawanabe Kyōsai 河鍋 暁斎 – Setsubun
Setsubun 節分 est une célébration japonaise qui a lieu début février et marque la fin de l’hiver et le début du printemps. Cet évènement revêt un caractère particulier, surtout dans les campagnes où il est encore volontiers observé.
Célébrée le 2, 3 ou 4 février, Setsubun trouve ses origines dans le Calendrier Lunaire Chinois. Cette étape importante de l’année donne lieu à différents rites de purification qui ont pour but global de botter le 🍑 des 👹. À l’origine, ces manifestations étaient au nombre de 4 (une pour chaque changement de saison) mais la version moderne apparue à l’ère Edo (1603-1868) n’en a retenu qu’une seule : celle du passage de l’hiver au printemps, 立春 risshun.
Setsubun signifie littéralement « division des saisons » mais ce mot fait également référence aux nœuds présents sur les tiges de bambou qui symbolisent le passage d’une période à une autre. Cet épisode charnière est considéré comme un moment de purification, lors duquel on se débarrasse des mauvais esprits et on accueille la bonne fortune pour la nouvelle saison.
D’où vient cette célébration ?
Dans le Japon féodal, on se méfiait considérablement des changements, propices à l’apparition spontanée de démons de tout poil, les oni 鬼, dans le monde des humains. Ces créatures maléfiques devaient alors être chassés impitoyablement et rapidement.
Or, lors de la période Heihan 平安時代 (Heihan jidai) (794-1185) pendant laquelle l’influence chinoise était importante (on parlait chinois à la Cour du Japon), il existait au Palais Impérial un rite purificateur chinois appelé Tsuina 追儺 en japonais (Zhuīnuó en chinois) qui permettait justement de chasser les démons. Il est difficile de savoir si on lançait déjà des haricots de soja lors de ce rite, mais toujours est-il qu’il a subsisté jusqu’à l’époque Muromashi 室町時代 (Muromashi jidai) (1333–1573) où des documents attestent de son existence. Sa pratique consistait alors à ce que les aristocrates de haut rang chassent leurs serviteurs qui jouaient le rôle de démons, en leur jetant ces fameuses fèves. Ce rite à traversé les époques et s’est transmis jusqu’à nos jours.
Concrètement comment fait-on ? 🫘+👹👁️=🎉
À priori, le lancer de soja, nourriture potentiellement précieuse, ne semble pas la meilleure idée pour éloigner un danger de type démoniaque, mais le mamemaki 豆撒き (c’est le nom de cette pratique) prend racine dans l’homophonie entre mame 豆 (haricot), ma me鬼目 (œil de démon) et ma-me 魔滅 (tueur de démons). Donc si on lance une fève de soja -> mame, dans l’œil d’un démon -> ma me, le démon sera détruit -> ma-me.
Le Setsubun moderne
Que reste t-il de Setsubun de nos jours ? Le mamemaki bien sur ! On ouvre une fenêtre et hop, on balance à la volée des fèves de soja grillées, en partant d’un mur sans ouverture puis en se dirigeant vers la dite fenêtre, tout en criant Oni wa soto! Fuku wa uchi ! 鬼は外!福は内 !, ce qui signifie « Dehors les démons ! À l’intérieur la bonne fortune ! ». Ce lancer de fèves peut également avoir lieu en extérieur, dans un temple, dans un parc, dans la rue etc.
Il est aussi d’usage de manger autant de fèves que son âge, plus une… ça devient assez compliqué en vieillissant, car les fèves de soja grillées peuvent être assez coriaces 🦷.
Autre tradition importante (mais plus récente) de Setsubun, le ehomaki 恵方巻き un rouleau de riz enveloppé dans une feuille d’algue nori et garni de lanières de calebasse kanpyō かんぴょう, de concombre kyūri キュウリ, de champignons shiitake シイタケ, d’omelette au dashi dashimaki tamago だし巻き卵, d’anguille d’eau douce unagi うなぎ et de viande séchée salée effilochée denbu 田麩.
On le mange en une fois en mordant dedans sans le trancher auparavant (ce qui est contraire aux usages et aux règles de bienséance habituelles mais symbolise la continuité de l’année à venir) si possible tourné dans la direction ehō 恵方 qui est la direction annuelle d’eto 干支, qui représente les douze signes du zodiaque chinois.
Pour savoir dans quelle direction se tourner, voici la règle en fonction du dernier chiffre de l’année :
- 1, 3, 6, 8, il faut se tourner vers le sud-sud-est
- 2, 7 vers le nord-nord-est
- 4, 9 vers l’est-nord-est
- 5, 0 vers l’ouest-sud-ouest
Comme le dernier chiffre de 2025 est un 5, on doit donc déguster son ehomaki tourné vers l’ouest-sud-ouest pour être heureux le reste de l’année !
